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Vers un espace Schengen militaire

, par Erick Demangeon

Mi-novembre 2025, la Commission européenne a présenté un Paquet mobilité militaire qui prévoit de créer un Espace Schengen militaire et de stimuler l’innovation de rupture dans l’industrie de défense. Son succès s’appuie sur une collaboration structurée avec les capacités logistiques des entreprises privées. L’Armée et France Supply Chain étaient conviés à échanger sur cet enjeu de planification en temps de crise lors d’une conférence SITL.

Précisé par le Général Fabrice Feola, commandant du Centre de soutien des opérations et des acheminements (CSOA), le futur Espace Schengen militaire vise à « faciliter la circulation rapide, fluide et coordonnée des troupes, des équipements et des moyens militaires à travers l’Europe  ». Pouvoirs publics et entreprises privées sont mis à contribution pour y parvenir. Les premiers devront notamment lever les obstacles réglementaires pour franchir les frontières, accéder aux infrastructures de façon prioritaire (ports, rail, routes…) et investir dans des corridors stratégiques sécurisés dans les domaines des datas, de l’énergie et des flux avec la mise en œuvre de gouvernances adaptées.

Etre agile et réactif

Du côté des entreprises, l’enjeu principal est de « disposer de moyens de transport aérien, maritime et de surface le jour venu. Le contexte de crises permanentes actuel oblige de s’organiser dans l’urgence pour déployer des lignes d’approvisionnement et de les maintenir dans le temps  ». Pour les lignes d’approvisionnement déjà structurées comme celles qui surgissent au rythme des crises, le Général Fabrice Feola souligne le rôle essentiel des prestataires, spécialisés dans les transports et la logistique, mais aussi des industriels pour projeter les forces dans le monde. Ces moyens civils interviennent en synergie et de façon coordonnée avec les moyens propres de l’Armée insiste-t-il.
« La réactivité est devenue le quotidien des entreprises » abonde Stéphane Navarra, président de France Supply Chain et VP supply chain d’Alstom. Dans le cas du conflit au Moyen-Orient, « elles l’ont démontré en mettant leurs personnels en sécurité et en ajustant leurs capacités pour maintenir l’activité en réorganisant leurs schémas aériens, maritimes et routiers d’approvisionnement  ». D’ores et déjà, ces entreprises chercheraient à replanifier leurs supply chain « à partir de scénarios qui dépendent de la durée du conflit ».
Plus globalement, Stéphane Navarra estime que la résilience des chaînes d’approvisionnement passe aujourd’hui « par la diversification des sourcings et des plans de transport. Voire la relocalisation qui a l’avantage de décomplexifier les supply chain et de réduire les droits de douane parfois ».

Nouer des relations solides

Pour garantir un soutien opérationnel des entreprises privées, l’Armée française s’appuie sur la Plateforme Affrètement Transport (PFAT). Organisme du service du Commissariat des armées, la PFAT a pour mission « de satisfaire les besoins en affrètement et en transport (tous vecteurs aérien, maritime et terrestre) par la passation de marchés publics », indique le Général Fabrice Feola. Au-delà de ces marchés publics, « le rôle du PFAT est de maintenir un fil de confiance avec les entreprises en fixant avec elles leur degré d’engagement, de délégation et de responsabilité  ». Une approche contractuelle délicate reconnait-il en citant les retombées positives d’exercices communs entre l’Armée, les logisticiens et les transporteurs à l’image d’Excalibur 26 en février. Dans l’esprit du cap fixé par l’Europe, ces exercices permettent aussi de réactiver et de développer des corridors de mobilité militaire. « Cette connaissance a été perdue depuis la guerre froide  », avoue le haut-gradé.

Encourager les synergies

Considéré comme un moyen incontournable pour piloter les chaînes d’approvisionnement, le digital est présenté aussi comme une menace. Le risque selon le Général Fabrice Feola et Stéphane Navarra « est d’avoir trop d’informations internes et externes  », conduisant à l’immobilisme. L’enjeu d’après eux est d’identifier les « signaux pertinents et les éléments exploitables  ». Une démarche engagée par les entreprises à grand renfort d’intelligence artificielle. Sur ces technologies comme les jumeaux numériques, le CSOA serait en veille. Le Centre de soutien semble davantage travailler sur la sécurité des systèmes et leur interopérabilité à partir de données d’origine interne et externe. « L’un des enjeux est le passage à l’échelle sécurisée dans le traitement des informations en cas de crise majeure  ». Que cela soit la discipline dans la gestion des systèmes d’information ou l’intelligence artificielle, France Supply Chain et l’Armée envisagent de créer un groupe de travail commun pour développer leurs collaborations.

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